Quebec City from Lévis

Ville de Quebéc

vu de Lévis

(1904)

Maurice Cullen
Canadian / Canadien

72.4 x 92.1 cm

Oil on canvas / Huile sur toile

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EN

Science Notes 

Neuroscientist Patrick Cavanagh described the remarkable achievement of paintings to convey the sense of space and light despite notable deviations from realism. Cavanagh coined the idea of "alternative physics" to speak about the transgressions observed in impossible shadows, colours, reflections, or contours that pass unnoticed by the viewer without interfering with his understanding of the scene.

 

For centuries, artists have instinctively played with shortcuts on the laws of physics to convey their messages, revealing a visual brain that uses simpler, reduced rules to understand the world. For example, concerning shadows, paintings have helped us to understand that for the brain, a shadow is darker than its immediate surroundings. No matter the colour, it does not need to actually show real hue. No matter the direction of the light, inconsistencies in the direction of the lighting are barely noticed. It doesn’t even matter that the shadow shape does not match the object that produces it, only that it is darker than the object that casts it. In Cullen’s Quebec City from Lévis, the shadows are purple. The direction of the lightning is unclear, and some buildings do not cast shadows at all.

 

Maurice Cullen hints at another physical shortcut when he simplifies the scene’s elements, relying on the viewer's memories and strong cues as to the depth of the view. These cues can be seen in the following ways: i) relative size of the foreground to the distant background, ii) perspective, iii) desaturation of colours and iv) a reduction of contrast. Creating the illusion of distance is constructed using meaningful images just from those fragments. Impressionism and Cubism, in particular, rely on this memory-based reconstruction to complete scenes from partial representations, demonstrating that merely the suggestion of visual forms are capable of evoking remembered images. The optic nerve would need to be huge to process the number of actual details in our entire field of view. Instead, we do half of the work in our heads, by drawing inferences based on our previous experience of a scene.

 

Another remarkable feature of this painting is seen in the reflections on the water. As painters have known for centuries, experiments show that the pattern of reflection on a surface doesn't have to match the actual scene around it to appear as such. The pattern only needs to match the average properties of natural scenes, curving in agreement with the implied curvature of the surface. In a painting, almost any reflection will do, with only a few limits. Artists can depict people looking at their reflections and reveal both the person and the reflection, often when this is geometrically impossible. Vision research demonstrates that people have little or no awareness of where reflections ought to be, or what they should look like. 

Art Notes 

Canadian Maurice Cullen is working his impressionism palette through what he described as “Lévis’ Lower town offers the visitor one of the most beautiful visual perspective in the world. In one glance, the mountains, the river and the port, cap Diamant and beautiful Quebec City offer a show of splendors” (Gagné, 2013p.1.). No less!

From a gentleman who was born on an island surrounded by the sea, the compliment was huge, grandiloquent. For those who are acquainted with the eternal rivalry between the two hockey teams, the Montreal Canadiens and the Toronto Maple Leafs, Maurice Cullen seemed to have chiseled at another legendary rivalry between Quebec City and Montreal where he grew up. His declaration of ultimate beauty for this perspective onto Quebec City may have also been a fertile ground for outright criticism for his homegrown bias and/or short sightedness. In fact, when Cullen painted this oil, he had already travelled to Europe, where he studied in Paris, travelled to Italy - admiring Venice’s perspective – and even enjoyed Africa’s landscapes. Still, to him, this Quebec City view was one of the best sights in the world!

When we look at this painting, we tend to notice a lack of definition, since all colors being more or less in the same hues of pastels lend to shapes being vague. Upon a second look, our eyes may adapt to this camaïeu of pastels, rose, timid yellow, faint mauves and blues, with floating white patches at the forefront. This second look allows for an adaptation of the impressionism representation of Quebec City from Lévis across the St. Lawrence River.

The colours Cullen chose are therefore subdued, even intriguing, allowing for an added element of curiosity, even scepticism. Why this maelstrom of colors so faint that we can’t clearly see? Maurice Cullen studied at Montreal Beaux-Arts before entering Paris’ most reputed schools, where he mingled with Canadian William Brymner and James Wilson Morrice, as well as Norwegian Impressionist Frits Thaulow. This latter influenced his rendering of winter scenes, solemn and seemingly eternal. Here Cullen opposes a contrasting view of our everlasting winters. His depiction of this scene looks like the end of Winter with breakaway patches or ice and snow. What does Cullen want to convey? Does he succeed? Are the clouds going or coming in?      

FR

Notes Scientifiques

Le neuroscientifique Patrick Cavanagh a décrit la remarquable réussite des peintures à transmettre la sensation d'espace et de lumière malgré des écarts notables par rapport au réalisme. Cavanagh a inventé l'idée de "physique alternative" pour parler des transgressions observées dans les ombres, les couleurs, les reflets ou les contours impossibles qui passent inaperçus pour le spectateur sans interférer avec sa compréhension de la scène.

 

Depuis des siècles, les artistes jouent instinctivement avec des raccourcis sur les lois de la physique pour transmettre leurs messages, révélant un cerveau visuel qui utilise des règles plus simples et réduites pour comprendre le monde. Par exemple, concernant les ombres, les peintures nous ont permis de comprendre que pour le cerveau, une ombre est plus sombre que son environnement immédiat. Peu importe la couleur, il n'est pas nécessaire qu'elle présente une teinte réelle. Peu importe la direction de la lumière, les incohérences dans la direction de l'éclairage sont à peine remarquées. Il importe peu que la forme de l'ombre ne corresponde pas à l'objet qui la produit, mais seulement qu'elle soit plus sombre que l'objet qui la projette. Dans la Ville de Québec vu de Lévis de Cullen, les ombres sont violettes. La direction des éclairs n'est pas claire, et certains bâtiments ne projettent pas d'ombre du tout.

 

Maurice Cullen fait allusion à un autre raccourci physique lorsqu'il simplifie les éléments de la scène, en se fiant aux souvenirs du spectateur et à des indices forts quant à la profondeur de la vue. Ces indices se manifestent de la manière suivante : i) la taille relative du premier plan par rapport à l'arrière-plan lointain, ii) la perspective, iii) la désaturation des couleurs et iv) la réduction du contraste. La création de l'illusion de distance se construit en utilisant des images significatives à partir de ces seuls fragments. L'impressionnisme et le cubisme, en particulier, s'appuient sur cette reconstruction fondée sur la mémoire pour compléter des scènes à partir de représentations partielles, démontrant ainsi que la simple suggestion de formes visuelles est capable d'évoquer des images mémorisées. Le nerf optique devrait être énorme pour traiter le nombre de détails réels dans l'ensemble de notre champ de vision. Au lieu de cela, nous effectuons la moitié du travail dans notre tête, en tirant des conclusions sur la base de notre expérience antérieure d'une scène.

 

Les reflets sur l'eau sont une autre caractéristique remarquable de ce tableau. Comme les peintres le savent depuis des siècles, les expériences montrent que le motif des reflets sur une surface n'a pas besoin de correspondre à la scène réelle qui l'entoure pour apparaître comme tel. Il suffit que le motif corresponde aux propriétés moyennes des scènes naturelles, en se courbant en accord avec la courbure implicite de la surface. Dans un tableau, presque tous les reflets font l'affaire, à quelques exceptions près. Les artistes peuvent représenter des personnes regardant leur reflet et révéler à la fois la personne et le reflet, souvent lorsque cela est géométriquement impossible. La recherche sur la vision démontre que les gens n'ont que peu ou pas conscience de l'endroit où les reflets devraient se trouver, ou de leur apparence.

Notes d'Art

Le Canadien Maurice Cullen décrit ici sa touche impressionniste : « La basse-ville de Lévis offre au visiteur une des plus belles perspectives du monde. En un seul coup d’œil, les montagnes, le fleuve et le port, le cap Diamant et la magnifique ville de Québec offre un spectacle de splendeurs » (Gagné, 2013p.1.). Rien de moins !

 

Venant de la part d’un homme né sur une île entourée par la mer, le compliment est immense, voire grandiloquent. Pour ceux qui sont familiers avec l’éternelle rivalité entre les Canadiens de Montréal et les Maple Leafs de Toronto, ici Maurice Cullen semble avoir attisé une autre rivalité légendaire, cette fois entre la ville de Québec et Montréal où Cullen a grandi. Sa déclaration d’ultime beauté pour la perspective sur la ville de Québec a peut-être été source de critique pour son biais favorable envers sa ville d’adoption et/ou pour son manque de vision. Car en effet, Cullen avait déjà fait un saut en Europe, étudié à Paris, voyagé en Italie où il avait admiré la perspective de Venise et même apprécié les paysages en Afrique. Qu’à cela ne tienne, pour Cullen, cette vue sur Québec demeurait une des plus belles vista au monde !

 

Lorsque nous regardons cette peinture, nous dénotons un manque de définition des formes en raison de l’éventail de couleurs pastel qui les rendent floues. Un second regard permet à nos yeux de s’adapter à ce camaïeu de pastel, rose, jaune pâle, mauve doux et bleu tendres, avec au premier plan, des amas blancs sur la surface de l’eau. Cette seconde impression nous permet de s’ajuster à la représentation impressionniste de la Ville de Québec vu de Lévis, de l’autre rive du fleuve St-Laurent.  

 

Les couleurs choisies par Cullen sont donc feutrées, même intrigantes, ajoutant un élément de curiosité, sinon de scepticisme. Pourquoi ce maelstrom de couleurs si pâles que nous ne les distinguons presque pas ? Maurice Cullen a étudié à l’École des beaux-arts de Montréal avant de s’inscrire aux meilleures écoles de Paris, où il a frayé avec William Brymner et James Wilson Morrice, de même qu’avec le norvégien Frits Thaulow. Ce dernier a eu une influence sur ses scènes d’hiver, solennels et presque éternels. Toutefois Cullen peint ici un hiver contrastant. C’est la fin de l’hiver avec des amas de glace et de neige ici et là. Que veut éveiller Cullen en nous ? Réussit-il ? Les nuages s’en vont-ils ou s’en viennent ?