Ville d'Avray - The Fisherman by the Lock

Ville d'Avray - Le Pêcheur Près de l’Écluse

(1896)

Jean-Baptiste-Camille Corot
Canadian / Canadien

38 x 46.9 cm

Oil on canvas / Huile sur toile

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EN

Science Notes 

Emerald green (cooper acetoarsenite), also known as Paris green, is a highly toxic emerald-green crystalline powder used as rat poison, insecticide, and also as a pigment for painting, despite its toxicity. The colour ranges from a pale blue-green when very finely ground, to a deeper green when coarsely ground. It was invented in 1814 by Russ and Sattler in Schweinfurt, Bavaria, at the Wilhelm Dye and White Lead Company. They were attempting to produce an improved pigment over Scheele's green’s (1775) unstable qualities. The pigment was very popular amongst painters like J.M.W.Turner, Impressionists such as Monet and Renoir, and Post-Impressionists such as Gauguin, Cézanne, and Van Gogh.

 

Scheele's green and Emerald green were generically known as the "poison greens." In 1832, arsenic compounds used as colourants at wallpaper factories in England caused illness among the workers. In 1839, the Bavarian government issued a royal proclamation warning of the dangers of using these “poison greens.” By 1882, Emerald green was banned in Germany for use in toys, wallpapers, and tableware, and by 1888, the use of all copper-arsenic pigments was restricted to oil paints and lacquers or, when used, they were required to be covered with a coat of protective varnish.

 

The “poison greens” are extremely toxic because of their arsenic content; the probable oral lethal dose for humans is 5-50 mg/kg, or between 7 drops and 1 teaspoonful for a 150-lb. person. Some absorption may occur through the skin and by inhalation, but most poisonings result from ingestion. It may cause eye and respiratory tract irritation as well as cancer.

 

Arsenic carcinogenic effects are presumably caused by the disruption of the chromosomes that hold the genetic material in the cells. This effect leads to sections of the chromosome being deleted, added, or rearranged. The chromosomes contain highly packed DNA molecule chains that carry the instructions for the normal function of the cells and organs. When that function is disturbed, it can increase the risk for the cell to become carcinogenic, changing the balance between proliferation and programmed cell death, compromising the integrity of tissues and organs.

 

While there is no consensus on the palette used by Corot, there is a good chance that emerald green was among the colours he chose.

Art Notes 

Not a breath of wind. Nature explodes in a symphony of greens declined along successive planes, sheltering still pond waters. The shade of large trees gives way to light on the marsh. Scattered rushes are dotted with lighter touches, evoking flowering bushes, tall grass, arrowheads. The dark waters placidly reflect the sky, yet hide a vibrant life among floating plants. The fisherman has set aside his pole to bend over his catch. It is summer, in its entire splendor.

The peace of this pastoral scene however hides a sinister side. In 1849, Corot writes to his friend Constant Dutilleux « To my mind, cadmium and antimony are good, solid colours. I always have some on hand, and I’m happy with them. I very much like yellow lacquer ». At the time Corot paints this view, yellow and green pigments cause many problems to painters. Cadmium yellow is expensive whereas Naples yellow, made out of antimony and lead, is very toxic. In addition to its toxicity, Chrome yellow tends to turn ocher or brown with time. The situation is even worse with greens: Scheele and Emerald green are brilliant and cheap to produce but include mortal arsenic compounds. Did the artist suspect that his precious colours comprised such poisons?

True to Corot’s personal style, the fisherman’s hat provides a single, light yellow spot, which focusses the gaze near the center of the canvas. The lock on the right exemplifies the taste for neoclassic perspective and composition, contrasting the fluidity of water with the solidity of architecture. The artist started with a sketch outside, to capture the light and the emotion of the instant. Back to his workshop, he will harmonize the composition in a more balanced ensemble, searching for the reality of the memory. Corot thus allies the spontaneity of impressions from outdoor painting, with the slow, reflective tradition of classic indoor painting. He explains: “Reality is a part of art, emotion completes it”. Over his career, he will often depict the ponds of the Ville d’Avray family estate, capturing various moments and moods. For this great master of landscape, it is the haven where he will often return to paint and rest, until his death.

FR

Notes Scientifiques

Le vert émeraude (acétoarsénite de cuivre), également connu sous le nom de vert de Paris, est une poudre cristalline vert émeraude très toxique utilisée comme raticide, insecticide, et aussi comme pigment pour la peinture, malgré sa toxicité. La couleur varie d'un bleu-vert pâle lorsqu'elle est très finement moulue, à un vert plus profond lorsqu'elle est grossièrement moulue. Il a été inventé en 1814 par Russ et Sattler à Schweinfurt, en Bavière, à la Wilhelm Dye and White Lead Company. Ils tentaient de produire un pigment amélioré par rapport aux qualités instables du vert de Scheele (1775). Ce pigment était très populaire parmi les peintres comme J.M.W.Turner, les impressionnistes comme Monet et Renoir, et les post-impressionnistes comme Gauguin, Cézanne et Van Gogh.

 

Le vert de Scheele et le vert émeraude étaient connus sous le nom générique de "verts de poison". En 1832, des composés d'arsenic utilisés comme colorants dans des fabriques de papier peint en Angleterre ont provoqué des maladies chez les ouvriers. En 1839, le gouvernement bavarois a publié une proclamation royale mettant en garde contre les dangers de l'utilisation de ces "verts toxiques". En 1882, le vert émeraude est interdit en Allemagne pour les jouets, les papiers peints et la vaisselle, et en 1888, l'utilisation de tous les pigments cuivre-arsenic est limitée aux peintures à l'huile et aux laques ou, lorsqu'ils sont utilisés, ils doivent être recouverts d'une couche de vernis protecteur.

 

Les "verts de poison" sont extrêmement toxiques en raison de leur teneur en arsenic ; la dose létale probable par voie orale pour l'homme est de 5 à 50 mg/kg, soit entre 7 gouttes et 1 cuillerée à café pour une personne de 150 livres. Une certaine absorption peut se produire par la peau et par inhalation, mais la plupart des intoxications résultent de l'ingestion. Il peut provoquer une irritation des yeux et des voies respiratoires ainsi que des cancers.

 

Les effets cancérigènes de l'arsenic sont vraisemblablement dus à la perturbation des chromosomes qui contiennent le matériel génétique des cellules. Cet effet entraîne la suppression, l'ajout ou le réarrangement de sections du chromosome. Les chromosomes contiennent des chaînes de molécules d'ADN très compactes qui portent les instructions nécessaires au fonctionnement normal des cellules et des organes. Lorsque cette fonction est perturbée, elle peut augmenter le risque que la cellule devienne cancérigène, modifiant l'équilibre entre la prolifération et la mort cellulaire programmée, compromettant ainsi l'intégrité des tissus et des organes.

 

S'il n'existe pas de consensus sur la palette utilisée par Corot, il y a de fortes chances que le vert émeraude figure parmi les couleurs qu'il a choisies.

Notes d'Art

Pas un souffle de brise. La nature s’épanouit en une symphonie de verts en plan successifs, tel un écrin pour les eaux calmes de l’étang. L’ombre des grands arbres cède à la lumière sur le marais. Les joncs en désordre sont parsemés de touches claires, évoquant des arbustes en fleurs, des herbes hautes, des sagittaires. Les eaux sombres reflètent le ciel, placides, mais cachent le frémissement de la vie sous les plantes flottantes. Le pêcheur a abandonné sa canne à pêche et se penche sur sa prise. C’est l’été dans toute sa splendeur.

Mais la quiétude de la scène champêtre cache hélas un côté sinistre. En 1849, Corot écrit à son ami Constant Dutilleux « À mon avis, le cadmium et l’antimoine sont des couleurs réputées bonnes et solides. J’en ai toujours, j’en suis content. Pour la laque jaune, je suis passionné de cette couleur.» À l’époque où peint Corot, les pigments jaune et vert causent beaucoup de problèmes aux peintres. Le jaune de cadmium est onéreux tandis que le jaune de Naples, à base d’antimoine et de plomb, est très toxique. Pour sa part, le jaune de chrome, outre sa toxicité, a tendance à devenir ocre ou brun avec le temps. La situation est encore pire pour les verts de Scheele et d’émeraude : ces pigments brillants et peu cher à produire comprennent des composés mortels à l’arsenic. L’artiste soupçonnait-il que ses précieuses couleurs contenaient de tels poisons?

À la manière préférée de Corot, le chapeau du pêcheur pose une unique touche de jaune clair, qui amène le regard au centre de la toile. L’écluse sur la droite est un exemple du goût pour la perspective et la composition néoclassiques, faisant contraster la fluidité de l’eau et la solidité de l’architecture. L’artiste a commencé par une ébauche sur le motif, pour capter la lumière et l’émotion du moment. De retour en atelier, il harmonisera la composition en un ensemble balancé, dans une recherche de la réalité du souvenir. Corot allie ainsi la vision spontanée, les impressions tirées de la peinture en plein air, avec la lente réflexion de la tradition classique en atelier. Il explique : « Le réel est une partie de l’art, l’émotion la complète ». Au cours de sa carrière, Corot peindra souvent les étangs du domaine familial de Ville d’Avray, capturant des moments et des ambiances variées. Pour ce grand maitre du paysage, c’est le havre où il reviendra souvent pour peindre et se reposer, jusqu’à sa mort.